vendredi 30 juillet 2010

Sur la route, sans Kerouac

Il y a tous ces kilomètres que l´on fait, tous ces kilomètres de pensées où l´on se perd en soi et en l´autre, aux détours de la vie, et puis tous ces kilomètres de pensées moins ancrées dans le réel où, peu à peu, au fil de la route, s´élabore une trame, s´étoffent des personnages, se cisèlent les phrases, si sonores et mélodiques quand elles sont chuchotées ainsi à l´esprit et que l´on sait destinées à l´oubli car on ne les notera pas, on ne se souviendra pas de leur rythme, des mots qui les composent au moment de les écrire.

Il y a tout ce temps entre les plis du présent qui file, se déroule comme la route qui se dérobe, les paysages autour de soi qui s´évanouissent au fur et à mesure que l´on avance puis renaissent, différents, et meurent encore et les velléités d´écriture avec.

Il y a pourtant cette fièvre en soi, cette brûlure dans les doigts, le désir de saisir toutes ces phrases du vent et de la route pour les tisser serrées dans les mailles de l´encre et les empêcher de nous échapper encore.

Fascinée par l´équilibre et la concentration qu´impose la conduite, ce fil tendu où la souplesse et l´habileté s´épousent, je me laisse envahir, peu à peu, par les phrases et je les taille comme des pierres, influencée par l´inspiration de la musique qui envahit l´habitacle de ferraille. La route m´absorbe. Cette route que si souvent j´ai fui, donne la cadence parfaite à mon esprit encombré d´idées, de pensées, d´histoires.
Il faut bien-sûr des itinéraires fluides pour chercher loin en soi les raisons intimes, les racines souterraines de sensations et sentiments qui nous habitent, que la fréquentation des autres et de leurs propres histoires fait naître en soi, terreau superbe pour travailler la déclinaison infinie de l´âme humaine. Et comprendre, peu à peu, kilomètre après kilomètre, ce qui nous heurte, ce qui nous touche, ce qui nous déroute.

Pendant ces rares interstices de solitude, fouiller profond au fin fond des sentiments et des contradictions de l´homme prend le goût d´une drogue thérapeutique. On attend alors le prochain voyage, la prochaine dose de kilomètres. Et c´est ainsi que peu à peu, la compagnie de ces pensées et celle d´êtres fictifs habillés puis déshabillés par les caprices de notre imaginaire deviennent nos uniques et âpres désirs d´intimité.

Retour aux sources

Je me place devant l´ordinateur avec l´écho encore sonore de ses paroles : “regarde le tableau Excel que l´on a fait ensemble, regarde tes comptes et on voit ce qu´on peut faire pour économiser” et d´autres pensées se superposent à l´écho de sa voix grave et douce, des pensées en forme d´images : le linge empilé à côté de la machine à laver, les vêtements éparpillés, la vaisselle dans l´évier, le beurre oublié sur la table, les appels toujours repoussés, la carte d´identité périmée à renouveler, le pollen partout autour dans l´air saturé de chaleur et de vent, pollen provoquant allergie, éternuements, fatigue, et une immense impression de ne pas pouvoir respirer. Ou alors ce sont toutes ces autres pensées-images. Je pense et je me sens affligée.

Je regarde mes comptes, je lance une machine, je vais remettre le beurre dans le frigidère, j´appelle un fonctionnaire mal luné qui n´aura pas réponse à mes questions ?

J´allume l´ordinateur.

J´ouvre un document word.


Page blanche.


Pas de tableau Excel, pas de chiffres.

Non, je ne regarderai pas mes comptes, je ne m´occuperai pas du linge, je ne rangerai pas un seul vêtement, je n´appellerai personne, et je laisserai fondre le beurre.


Page blanche, sur l´écran luisant de l´ordinateur retenant les rayons du soleil matinal, une page peut-être moins sensuelle qu´une page blanche sur le coin d´une table de café mais également immaculée, également tentatrice.


Page blanche et quasiment rien autour pour me distraire.


Envie irrépressible d´écrire.


Au diable les comptes, le linge, la vaisselle, le beurre, les fonctionnaires mal-lunés. Au diable l´ordre, l´organisation, la numérisation du monde, la domestication du cours de la vie, l´étouffement par le pollen et par toutes ces activités dévorant le temps et minant la conscience, avortant toute envie plus noble dépassant ces contingences toujours un peu humiliantes et si sournoisement asservissantes.


Page blanche.


Je frôle les touches, les doigts me brûlent. L´envie irrépressible est là, qui les démange.

Je caresse les touches comme un amant caresserait le corps aimé, trop longtemps absent, enfin retrouvé.

Je me mets à écrire et le bruit régulier, parfois précipité des doigts sur les touches donne au silence un air de musique, parfois interrompu, une sonate au piano qui, peu à peu, remplit l´espace et le temps, enterre les comptes, le linge, la vaisselle, le beurre et les fonctionnaires. Les chiffres n´existent plus qu´à l´infini des mots et les mots roulent, sous le métronome irrégulier des doigts pressés, maladroits et brûlants, répondant à l´esprit fiévreux.


Je me mets à écrire et je respire.


Le temps du printemps...

Donc au printemps, il y a eu ...

Le quotidien bien-sûr, et Solenn, pendant les courses, qui se fait une petite copine.

Le quotidien c´est aussi, quand on va dans un magasin, réclamer de grimper sur ces petits engins qui bougent contre une pièce d´1 euro ; je n´avais jamais remarqué, avant, qu´il y en avait à tous les coins de rue !

Pendant le bain, on s´essaie pour une crête, pour le carnaval...
Le 17 avril, des jeux à la crêche pour les portes ouvertes et, honte à moi, je n´avais pas l´appareil photo malgré mon envie de prendre les petits compagnons de Solenn en photo. À la fin de l´année, la crèche nous confectionne un superbe album et nous remet aussi un DVD, ce qui rattrape les oublis de parents "têtes de linottes".

24 avril :
grand pique-nique - barbecue al Bruc avec Steph et ses amis Céline et Manu et leurs deux enfants, Nemo et Yuko, Laëtitia et Isaac, heureux futurs parents en octobre prochain, Karen et Frank, Cédric et Rob...une photo très tendre ici de Cédric et Solenn (Cédric dont la fibre paternelle est très sensible !)



Le lendemain, il y avait de drôles de danses tribales sur le marché de Collbató. Je crois qu´il fêtait le soleil...


Début mai (01-02),
nous étions dans les Pyrénées, entre Puigcerda et La Seu d´Urgell (chez Celine et Xavi, avec plusieurs amis), je n´ai pas de photos de cette rencontre mais j´en ai pris sur la route du retour, en franchissant les cols pour rejoindre la Cerdagne à l´Osona. Début mai et il neige encore !!! C´était magique, plein de silence et de majesté.


08-09 mai.
Une visite de Jesus et Ricardo avec Sergi et Eli qui valent les retrouvailles entre Solenn et Ariadna...

15-16 mai. Toulouse, avec une trentaine d´étudiants et mes 2 collègues, où je retrouve aussi Anne (qu´on va voir jouer au théâtre le samedi soir), Agnès et sa petite Astrid (avec qui on pique-nique sur les bords de la Garonne avec un détour par le parc...). La grande première pour moi lors de ce voyage, c´est de faire ces quelques 500 kilomètres en voiture toute seule avec Solenn à l´arrière ! Elle a été plutôt cool malgré quelques petits pics d´énervement quand un de ses jouets tombait à terre. Et alors dans ces moments-là, la conduite exige plus que de la dextérité...


22-23 mai. Les 30 ans de Karen : annonce d´une bonne nouvelle pour le début de l´année prochaine et concert au sommet des casseroles !

Le groupe

Cédric au clavier



Rob et Steph aux percus



















Karen au micro...















(nous on chantait très médiocrement derrière, des airs que nous ignorions superbement !)

Nous avons aussi beaucoup nagé de fin mars à juin, en allant chaque samedi matin (quand on ne voyageait pas...) à des séances de "bébés nageurs"...

Bref au printemps, on invite, on voyage entre la France et l´Espagne, on nage, on danse et on chante : on fait ce qu´il nous plaît... !

Prosciutto et Mozarella à la Giudecca



A Pâques nous sommes allés gondoler à Venise...en nous éloignant de la fureur touristique grâce au havre de paix qu´est la Giudecca, une petite île en face. Nous y passions des jours très doux et retrouvions le goût d´être tous les trois toute la journée. Nous en avons profité pour poser devant l´appareil afin de remplir un des devoirs imposés par la crèche pour la rentrée : ramenener 2 photos de famille !


Voici quelques images très "venitiennes" (David a estimé qu´il fallait monter sur une gondole...je me rappelais alors mon séjour bohème ici avec Claire en....en....c´était quand déjà ? Adrien y passait un an, nous devions avoir 20 ans...)




Photos :
1. Le nez de la gondole.
2. Famille devant la glace, "after shave"...
3. Père et fille, après une sieste.
4. Jeux de masque.
5. Mère et fille gondolant.
6. Les trois, une deuxième photo pour la crêche ! (Solenn un peu coincée entre ses deux parents).

Mes amis montent à l´arbre...

(Note : ce message devrait apparaître après "le temps du printemps" mais ce blog capricieux ne me laisse pas faire. La chronologie est, du coup, un peu chamboulée...).Bref...

Début juin, Marie-Lou et Agnès me rendent visite.
Marie-Lou, toujours inépuisable, fait faire de longs kilomètres à Agnès à travers ses lieux fétiches, le parc Güell et la Sagrada familia, le Gòtic... Le samedi nous montons sous le soleil à Montjuic, malheureusement un peu pressées par le temps car un rendez-vous avec mon amie Julia nous fait aller un peu au pas de course et on se trompe de chemin pour atteindre le château et, surtout, le point de vue sur la ville et la mer dont se souvenait Marie-Lou ! En redescendant on passe sur les "lieux du crime", c´est-à-dire là où Marie-Lou, ses collègues et les enfants de sa classe s´étaient fait voler les sacs avec tous les passeports et l´argent lors de leur voyage d´école en 2006. Marie-Lou sourit, elle se rappelle de l´événement avec une certaine tendresse...

On se retrouve donc ensuite à la terrasse du café attenant le musée
Federic Marès avec Julia, belle dans ses atours de femme enceinte, étant à 6 jours du terme. En réalité, son petit Abel naîtra le 25 juin, 15 jours après la date "prévue", tenant tous les amis et la famille en haleine ! Solenn court partout, se fait un petit copain. Je fais découvrir l´horchata à Agnès et Marie-Lou, cette boisson délicieuse à base de "chuflas", une sorte d´amande (un peu comme l´orgeat). Malheureusement ils ne la font pas de façon artisanale ici.








Le soir, David nous rejoint et nous mangeons dans un restau à tapas un peu bruyant et Solenn gigote dans tous les sens. Marie-Lou et Agnès décident que le surnom de "fouzik" en occitan est de loin celui qui lui va le mieux (ça veut dire quelque chose comme "qui bouge beaucoup").






Le lendemain, au grand bonheur d´Agnès, peu encline à la frénésie citadine, nous profitons d´une journée campagnarde plus tranquille, surprises le matin par la fête du Timbaler alors que nous allions voir les castellers sur la place du village (les"tours humaines" où les adultes et enfants créent des pyramides en se montant - très savamment - les uns sur les autres). Marie-Lou veut absolument capter sur ses photos la fumée sortant des fusils des troupes napoléoniennes et catalanes et fait plusieurs prises (Marie-Lou a toujours de des idées étonnantes). Malgré les coups de "canon", Solenn dort d´un sommeil de plomb dans la poussette pour une sieste matinale. Plus tard Marie-Lou ira parler avec un représentant de l´armée de notre petit Napoléon
dont la déroute à cette occasion n´a d´ailleurs amais été mentionnée dans nos livres d´histoire ! J´achète un petit T-shirt du Timbaler à Solenn (ce jeune joueur de tambourin qui, grâce à l´écho de son tambour dans la montagne a fait croire aux troupes françaises qu´un bataillon adverse impressionnant les attendait et qui les a ainsi fait reculer !). Ce t-shirt est un clin d´oeil au surnom que je donnais à Solenn quand elle était dans mon ventre car elle bougeait déjà tellement et me donnait des petits coups de pieds parfois si dynamiques qu´on l´appelait avec David "el Timbaler"...sans savoir encore qu´on vivrait à quelques mètres plus haut de la statue de ce personnage héroïque !
Puis, après un généreux repas et une courte sieste, nous étions allés écouter les moinillons chanter à Montserrat en fin d´après-midi. Là encore, Solenn avait du mal à rester en place. et silencieuse. David l´a rattrapée à temps au moment où elle soulevait la corde qui délimitait l´espace des "pélerins" et le choeur où les curés et les petits moines chantaient. D´un air résolu, elle allait les voir de près !


Les journées étant longues, on décide de faire le sentier qui mène de Collbató
au Monastère en sens inverse et de redescendre ainsi tranquillement. L´air est doux, la ballade est superbe. Les 2h 30 de randonnée passent d´autant plus vite qu´un magnifique coucher de soleil gratifie nos efforts. Pendant ce temps là, David était redescendu en voiture al Bruc avec Solenn et je lui rappelle par un coup de fil pendant la ballade qu´il peut éventuellement songer à la baigner et la faire souper, plutôt que de rester 3 heures aux balançoires...Nous rions avec Agnès et Marie-Lou de l´étourderie des hommes mais je crois que suis avec un spécimen assez inégalable à ce niveau-là (à part la retrouver, quand il l´accompagne le matin, avec 2 chaussures différentes le soir, je lis aussi des commentaires des monitrices dans le petit livret de liaison, comme "nous n´avons pas donné la compote de fruits à Solenn aujourd´hui car dans le petit pot qu´a apporté son papa, c´était de la purée de légumes !". Mon dieu, si maintenant, à part laisser une note disant "pense à prendre la compote", je dois ajouter "la compote c´est plutôt jaune-orange et pas vert", on ne s´en sortira jamais !!!


Marie-Lou et Agnès ont apporté de Saint Sever des trésors du jardin ou de la ferme : des confitures, du miel, de la charcuterie du Soulié, des biscuits de Camarès, des fromages succulents, des légumes du potager, des petites fraises et...une tarte à la rhubarbe ! Marie-Lou rend hommage ainsi à chaque visite à un souvenir lié aux colos que je faisais avec les Troubadours comme animatrice ou directrice, "Sur les chemins de l´aventure". Elle les coordonnait et venait nous voir au moins une fois avec sa célèbrissime tarte à la rhubarbe dont nous raffolions ! Elle préparera aussi un succulent crumble pommes-rhubarbe. Nos estomacs jubilent. Ici la rhubarbe ne se cultive pas...et les fromages ne sont jamais aussi bons et corsés que les nôtres ! Le lundi, je travaille et prend la route de Vic, David va à Collbato, Solenn à la crèche, nos deux infatigables compères repartent donc en excursion à Barcelone...puis le lendemain elles remontent à Saint Sever car Agnès répète le soir au théâtre.

Ce fut un très beau week-end...je vole à Marie-Lou les photos qu´elle m´a envoyées pour les accrocher à l´arbre...
Le cerisier, lui, était plein de fruits presque mûrs. Un matin, David a surpris Marie-Lou perchée sur les branches pour les attraper, décidément ces Aveyronnaises...aussi "cabretas" que les Bretonnes !!!

lundi 8 mars 2010

Nuages en neige


Voilà. J´avais écrit un long texte sur cette journée enneigée et tout a disparu.
Fondu sous la neige ?

Il ne reste plus que les photos.

1. Le cerisier, les branches lourdes.



2. Solenn n´apprécie pas la mini-sortie d´à peine quelques minutes que nous avions tentée. Le froid pince trop.



3. En ouvrant la porte. La neige m´arrivait quasiment aux genoux.



















4. Dans la rue, les voitures sont...blanches !
















Une journée sans chauffage, fraîche, à faire des crêpes...bloqués à la maison, à ruminer: "l´hiver est long, l´hiver est interminable".



C´était le 08 mars. Une drôle de journée de la femme "travailleuse"...au foyer !


samedi 27 février 2010

Chapi-chapeau

Un dimanche à la campagne...Solenn aime mettre sur ses yeux un chapeau, une casserole ou tout ustensile masquant la vue.