dimanche 30 septembre 2007

Salvem Montserrat



Salvem Montserrat !


J´ajoute ce texte "militant" pour contrer les dires de David qui, en voyant ce blog, me demande pourquoi je ne lui ai pas donné un nom chinois puisque je n´y colle que des "chinoiseries" depuis tout-à-l´heure...

Voici donc une vue de notre "paradis" catalan, menacé actuellement par l´initiative spéculative de la mairie qui voudrait installer un Polygone industriel aux pieds de Montserrat (à l´entrée du chemin de terre qui mène à la masia où vit David - ici sur l´autre photo avec un de "nos" chevaux...). Contre ce projet, une "plateforme" de gens vivant ici s´est donc constituée et est en train de collecter des signatures et monter un plan pour empêcher cette pollution du parc naturel...Vous pouvez vous joindre à cette cause en allant sur http://www.salvemmontserrat.org/ ... Il y a une version française, alors n´hésitez pas : votre soutien (moral uniquement puisqu´il s´agit seulement de signer) nous aidera certainement à avoir du poids contre la mairie et sa triste initiative économique pour combler la dette locale...

Autour de Chong´wu



Chong´wu est un village côtier du Fujian. Le cousin de Tian Bao (à droite sur la photo) y vit et y enseigne la musique traditionnelle dans un lycée à côté de la mer. C´est un jeune trentenaire, passionné également de calligraphie et circulant partout à moto. Un être rare dans la Chine contemporaine, troquant toute tradition contre le high tech et la frénésie de l´Ouest.

Autour de Tai´shan


Il y a 6666 marches pour accéder au sommet de Tai´shan. Autant pour redescendre donc ; ces deux marcheurs écroulés sur l´escalier ne me contrediront certainement pas si je dis que l´épreuve est plus physique que spirituelle : cinq jours de courbature m´ont fait marcher comme un pingouin après cette belle et intense expérience...
Les porteurs de brique sont pourtant plus à plaindre que nous...
Nous avons grimpé cette montagne de nuit entre 19 h et 21 h, puis de 3 heures à 5h30 du matin en espérant voir le soleil se lever au sommet. Pendant l´ascension, l´obscurité nous cachait le nombre infini de marches qui se déroulait devant nous. Nous n´avons pas même été récompensées de notre effort car en haut tout n´était que brume et vent matinal glacial ! Mais c´était approcher au plus près la philosophie taoïste : "Laisser être,
Laisser croître,
Ne pas accaparer..."

Enfants du Tulou




La petite princesse hakka : cette petite fille est une des muses du texte "Le Fujian en demie lune"...Elle ne parlait que hakka mais était très attentive à ce que nous faisions et nous épiait avec ses autres comparses. Quand on s´approchait d´elle ou lui parlait, elle réagissait comme un petit animal sauvage. C´est une enfant qui m´est allée droit au coeur.


Le grand-père et le bébé : je prenais des photos dans le noir, un soir après m´être débarbouillée au baquet... J´étais entourée d´enfants et les grands-parents venaient tour à tour avec leurs petits enfants dans les bras pour que je les prenne en photo. Je ne voyais rien sur mon appareil numérique pendant que je faisais la photo, c´était cocasse. Tout comme ce joli bébé qui, quelques instants avant, me grimpait sur le dos pendant que d´autres posaient devant mon objectif aveugle...

Tulous du Fujian



Voici deux autres vues des Tulous. Une de l´extérieur et une autre de l´intérieur : il était très tôt le matin et l´animation ne battait pas encore son plein, quoique les Hakkas et leurs enfants sont particulièrement matinaux. Vers 5 heures 30-6h, on prend le premier déjeuner de la journée : soupe de riz et restes de la veille : légumes, tarot, viande s´il y a et thé...

La particularité de ce tulou est d´être semi-circulaire au lieu d´être fermé. Nous n´avons pas su si l´origine en était un incendie ou simplement une interruption de construction...En bas, il y a les cuisines, et l´autel des ancêtres au centre. Au premier il y avait - je n´ai pas vérifié si c´était toujours le cas - les pièces pour stocker le grain et les récoltes et au deuxième on trouve les chambres de chaque famille, côte à côte. Maintenant, ce sont principalement les grands-parents et parfois leurs petits enfants qui vivent dans le tulou. Les parents partent à la ville pour travailler et gagner un peu plus d´argent que dans les rizières...mais ils y "gagnent" aussi la solitude...

trois petits textes de Chine



Autour de ces textes...j´ajoute quelques photos et commentaires...Ils ont été écrits l´an dernier au retour de Chine. Il s´agissait, avec mon amie Cath, d´écrire chacune de notre côté trois textes sur trois lieux que nous avions découverts ensemble : le tulou du Fujian, le village au bord de la mer de Chine (Chong´wu) et la montagne taoïste, Tai´shan que nous avions gravie de nuit toutes les deux. Tian Bao, notre ami chinois (à droite sur cette photo) nous avait fait redécouvrir sa province, le Fujian (sud-est de la Chine) en nous invitant dans sa famille, de part et d´autre de la région : ses parents et son frère dans le nord, son cousin dans le sud, et sa cousine adoptive dans le Tulou. Les tulous sont des maisons-forteresses qui abritent depuis des siècles les Hakkas, peuple du nord de la Chine ayant fui les famines et les persécutions sous la dynastie des Jin (265-314). Traditionnellement il n´y avait aucune fenêtre sur la paroi extérieure et les familles vivaient en autarcie quasi complète à l´intérieur. Par leur grandeur, leur forme ronde, carrée ou rectangulaire, ses maisons impressionnent le voyageur qui les découvrent pour la première fois : ce fut notre cas lorsque nous avions visité le Fujian pour la première fois en 2003. Mais ce qui nous a le plus marqué, c´est la vie en communauté qui s´y déroule ; le fait d´y avoir été intégrées lors de notre second séjour en 2006, grâce à Tian Bao et à sa cousine, fut une chance incomparable pour mieux connaître ce mode de vie. Je "colle" ici quelques photos des enfants du Tulou (voir aussi autre entrée "Enfants du Tulou") avec qui nous avions fait une ballade aux alentours, eux nus pieds, nous dans le ravissement d´une belle fin d´après midi d´été...

Chong´wu


Chong´wu, village côtier de la mer de Chine, Fujian

Du bleu cyan, enfin, perce les cotons de brume du Sud, purge les molécules lourdes d´humidité pour en aspirer la lumière. Nous respirons…L´air que nous avalons vient de cet horizon qui nous inspire, le silence.
Trois ombres sur la plage ploient des courbes nonchalantes, se séparent, se rapprochent, se fondent : elles s´oublient en se perdant, dessinent l´harmonie. Les regards sont portés vers la mer, hypnotisés par sa couleur jaune terre qui se décline en un rouge profond que les vagues balaient en découvrant des roches sombres, une chèvre morte, un vieux jean, des plastiques fatigués. Elle couvre nos pieds et y attache une fine pellicule collante, intrigante, de plus en plus obsédante…Elle nous tend ses bras de pieuvre, nous attire à elle et nous ne pouvons plus nous détacher de l´idée d´y pénétrer, de se laisser submerger par cette masse huileuse et pleine de mystère, cette densité d´eau douteuse qui nous répugne autant qu´elle nous fait envie. Son chant est cri de sirène, elle nous entraîne alors, aimantés. Sa saveur salée nous rassure. Sa chaleur est celle du souffle d´un être familier endormi contre votre peau. C´est une mer qui ne rafraîchit pas. Ses ondulations murmurent : pourquoi, ici plus que là-bas, as tu peur de moi ? Nous comprenons ce langage, originel, mais nous restons muets, absorbés. Elle nous remplit du délice étrange de la crainte mêlée de fascination. Sa substance enracine en chacun la conscience d´être sur terre, même en pleine mer. Elle nous enveloppe de ce liquide qui vient de loin d´où nous glissons inconsistants, sans défense. Nous sortons d´elle satisfaits et poisseux…Si elle nous reste étrangère c´est qu´elle n´est pas notre mer maternelle. Notre peau est plus moite encore qu´avant de la goûter. Au-dessus de nous, le soir se décompose dans des traînées de gris sombre et de rose tragique et confond nos ombres sur le sable. Nous rentrons silencieux.
Nous sommes obsédés par l´idée de cette mer, par l´envie d´entrer de nouveau en elle, encore.
Nous attendons deux nuits. Puis la troisième, nous retournons vers elle et l´abordons depuis un autre rivage. Nous avons traversé la ville en moto, avons suivi des routes bordées de pins et de solitude. Elle est là face à nous, noire, lointaine. La marée est basse, la plage pleine. Cris, échos, rires se multiplient sous le croissant éfilé de la lune et des étoiles nombreuses. L´un de nous chante ce refrain qui me revient sans cesse : « Ni wen wo ai ni you duo shen…Yuè liàng dài biao wo de xin ». Il me désigne un cœur dessiné sur le sable et mime les paroles tandis qu´un peu plus loin, l´une de nous se déshabille sous la lune. Enchantement fugace d´un corps offrant à la clarté une nudité éphémère, irréelle et belle dans la nuit. Nous sommes ombres et phosphorescence, lumières et dissolutions de nous mêmes…
Devant nous, les vagues claquent comme des appels sans retour vers le bonheur. Nous n´hésitons plus et elle nous immerge rapidement de toute sa noirceur. L´instant qui passe est de l´éternité…Flux et reflux au creux de nous, un cycle de vie tourbillonne dans la mémoire : nos corps flottent les uns près des autres, ondines éveillées à la présence, la voûte céleste nous prend dans ses bras, le moment est plein. « Mon cœur ressemble à la lune »…
Eclipse de la réalité : des algues se faufilent sur nos bras, un banc de crevettes nous grignote la peau, espiègles et malicieuses. Nous inspirons : nous retenons le souffle familier de cette eau paresseuse en nous…Nous expirons : nous sommes ensemble. Chong´wu au nom élastique a des rivages qui s´étirent et s´enroulent autour de nous comme une mer paternelle.

Tai´shan


Tai´shan, la montagne taoïste

La nuit étirée au pied de la montagne, drap sombre qui enveloppe la lente fatigue qui nous berce, et que nous désirons lever, aspirées vers les mille cieux du Tao et vers l´au-delà de l´ombre…
Confucius a quitté l´âme de Qufu
[1]. Peut-être s´en repent-il, le corps dissolu sous la terre de cette vaste forêt qui lui est dédiée où les tombeaux calligraphiés semblent guetter les âmes égarées. Nous espérons ici ne pas être les témoins d´un même sort, de la même avidité des humains à ériger leurs penseurs ou leurs Dieux sur l´autel de la prostitution touristique. La princesse des Nuages azurés a t´elle encore un horizon serein à contempler depuis sa montagne ? Nous escaladons sa demeure de nuit…Seule la lune guide nos pas sous la faible clarté qu´elle diffuse. Parfois, des lucioles tourbillonnent autour de nous, phosphorescence d´un mysticisme envoûtant. Puis ce sont les lampions multicolores qui entourent les temples et ponctuent le chemin, suivis des étals de marchands noctambules, les fins jets d´eau au-dessus des légumes, insectes volants en bataille dans la clarté soudaine, l´obscurité de nouveau, les promeneurs rares aux lampes incertaines, et enfin notre silence, son intimité pleine et la respiration qui nous lie…A mes côtés, le souffle de Cath me parle de la déité mieux que quelconque savant ouvrage. Nos pas récitent des mantras intérieurs…C´est que chaque marche de cet interminable escalier rend humble : imposant la lenteur pour rythme, l´effort pour conscience et le voyage en soi-même pour seule trajectoire possible. Sakyamuni aurait voulu chasser Bixia de sa montagne, en vain…Même « l´éveillé », fusse t-il messager de paix, désirait donc imposer son pouvoir égoïste d´homme. A travers mes muscles tendus, je sens l´écho physique de toute la résistance féminine dont put faire preuve la déesse, bien que les colères des divinités soient immatérielles. Le yin et le yang ont peut-être besoin de s´opposer jusqu´à la tension pour se compléter, ce que le noir et le blanc qui les habillent symboliquement semblent dire. Obscurité du mystère féminin, éclat aveuglant du masculin, jamais de fondu enchaîné ni de rencontre dans le gris…
La nuit tous les chats le sont pourtant, gris, et les marches continuent de se dérouler dans l´ombre, austères et étroites, sans détour. Nous n´échangeons plus que de rares paroles avec Cath, notre dialogue est une symphonie muette, celle de la simple attention portée à l´autre quand la nuit le dérobe trop longtemps à notre regard. Cependant, nos rythmes s´accordent, diapason du vent, sans s´altérer….La sympathie, souffrir avec, trouve un sens dans l´épreuve…Notre pensée parcourt-elle les chemins du Tao ou ceux de l´étymologie en vivant l´ascension comme une rédemption de la paresse, cela n´est pas si sûr ; nous écoutons surtout les pulsations de notre cœur et la température de notre corps, réalités moins spirituelles que nous le désirerions : nous ruisselons malgré la fraîcheur de la nuit, les muscles échappent au wu wei, le non agir…Nous cherchons en haut de ces montagnes des aubes qui ne se lèvent pas, des éclaircissements qui ne se révèlent pas : seule la brume est fidèle au mystère opaque de la voie du Ciel. Chercher n´a jamais donné la promesse de trouver.
La lueur matinale changera le décor de nos sensations : le même pourtant, mais en sens inverse, l´inclination descendante, la face sombre du yin – l´humidité de la nuit puis de la rosée – a cédé à la clarté du jour, à sa chaleur…Bixia, Guanyin, déesse de la compassion et de la fertilité, guettent silencieuses tandis que les ombres se déplacent autour des contours des arbres. Sur l´horizon bleu gris et les falaises ocre, le dessin des branches découpé en ombres chinoises est une peinture qui nous parle de vide médian et de lignes internes : celles qui nous mènent au cœur de notre présence au monde, simples passants de l´éternel…

[1] Qufu : village natal de Confucius, dans la province du Shandong.

Le tulou en demie lune



Le tulou en demie lune, Fujian.

Pékin, début septembre, mon ombre se promène entre les raies de lumière du parc du Temple du ciel…j’apprends que l’architecture, vue du ciel, reproduit la conception chinoise du monde : le ciel est rond et la terre est carrée…
Fujian, un creux de vallée entre les montagnes sculptées par les terrasses de riz, quelques semaines plus tôt…nous sommes accueillis dans le tulou. Le tulou est rond comme le ciel…les plantations rectangulaires, les cabanons renfermant les cochons sont peut-être carrés : c’est la terre chaude et nourricière, puanteur diffuse du réel et grognements carnivores, résolument yang. Le cercle yin, celui de la féminité est évidemment fécond en enfants : ils forment une ronde qui nous entoure de leurs petits corps gesticulant, de leurs rires griffant le ciel, de leurs regards qui s’agrippent à nos yeux étrangers ici. Ils nous absorbent. Nous ne pouvons nous détacher du chahut tournoyant que ces petits Hakkas orchestrent autour des courbes de ce tulou demi-ouvert : lignes de fuite d’un tourbillon qui nous entraîne dans la mémoire de notre enfance, là-bas, si loin, si proche…Trois petits viennent de débusquer nos cours de récré couleur sépia en sortant un élastique qu’ils commencent à enrouler autour de leurs chevilles. Celui qui s’apprête à jouer a pris mon corps de fillette. Un pied dessus, l’autre dessous, clip clap, sauter pieds joints sur le fil, entortiller l’autre jambe autour du fil opposé, figures complexes qui s’emmêlent dans mes souvenirs, ce petit a l’énergie féline de l’Orient, figure yin de nos muscles miniatures électrisés d’excitation sous le soleil yang de l’Occident. Mes yeux s’échappent alors vers les coulisses d´une école buissonnière : une petite s’accroupit au-dessus de la rigole qui dessine le deuxième cercle du tulou, après celui de la sphère de ce large bord planté devant les cuisines familiales. De l’eau y coule et c’est ici que l’on pose les tuyaux qui servent à laver les légumes, les mains, et, pourquoi pas, les dents de ces deux étranges étrangères qui ont entrepris d’improviser ici leurs pratiques. La petite, elle, après avoir baissé son petit short étoilé, s’applique à y déposer un pipi aussi fin et mutin qu’elle. J’observe qu’elle termine en faisant ces quelques flexions de genoux, comme j’ai bien appris moi aussi, qui laissent tomber les dernières petites gouttes. Hop…elle repart à cloche pied…Je rejoins mon frère aîné qui me montre ses billes, les belles agates qu’il a gagnées. Je me sens fière d’être sa petite sœur. Notre frère cadet nous rejoint et je m’amuse à lui mettre mes barrettes dans les cheveux. Lui aussi a les yeux bridés…et lui non plus n’aime pas qu’on lui touche les cheveux. L’enfant qui me pince le cœur depuis qu’elle m’observe avec insistance détourne la tête comme un petit animal sauvage quand j’ébouriffe ses fins cheveux courts. Elle s’est fait une minuscule petite queue (de souris plutôt que de cheval) au-dessus de la tête avec le petit élastique qui lui entourait le poignet. Plus tard, près de moi, elle se tient droite sur un haut tabouret, petite princesse Hakka silencieuse au milieu d’un cercle d’adultes dont elle ne comprend pas le langage. Nous tentons en effet vainement d’ébaucher des conversations dans un mandarin sommaire. Je l’apprivoise en la chatouillant. Son corps se tord et frétille de sursauts rieurs tandis que j’écoute mes doigts écrire sur sa peau des mots catalans, la langue adoptive de la tendresse. Quels sont les morceaux d’enfance qui s’effilochent en nous pour laisser le monde nous apprivoiser peu à peu ? Quels sont ces morceaux laissés sur le bord de la route, balayés par un temps toujours plus avide de nos illusions de liberté ? Ne devient-on adulte que pour justifier le besoin de faire naître de nous les multiples enfants que nous fûmes ? Ou les rêver…Ce tulou ne dessine pas un cercle complet : c’est une demie lune. L’écho de notre incomplétude et le reflet de la distance qui nous oppose à cet univers craintif et exaltant qui fut celui de notre enfance. Nous ne sommes encore que des demis êtres errant entre ce monde noyé de souvenirs et celui dans lequel nous survivons en apnée. Dans notre tête, la mémoire est quadrillée comme un jeu d’échecs dont les pions se dispersent en faussant les routes du destin. Nous aspirons à la rotondité de l’âme, celle qui nous délivrera des lignes droites et des vies parallèles. Je prends dans la mienne la main chaude et timide de l’enfant : qui de nous deux est plus curieuse de l’autre ? Qui de nous deux aspire à rejoindre l´autre, l´adulte revenant à l´enfant, l´enfant désirant déjà être grande ?
A travers les cultures de gingembre, de taro, de patates douces, les courbes du riz et l´inclinaison de la jujube, je me recueille près de l´autel des dieux protecteurs de la montagne, je vis le retour aux sources de la nature, je remplis moi aussi le seau d´urine et me retient de respirer dans l´enclos en bois près des cochons qui délimite les toilettes, je m´asperge de fraîcheur le soir tombé avec deux baquets d´eau, je détourne le regard de la canne qu´on vient d´égorger et que l´on déplume, du porc capturé dans une cage grillagée, je pose les yeux dans ceux de cet autre enfant unique qui réclame l´attention, je chante avec lui ses comptines anglaises que les erzats diffusent dans un volume hystérique, mes deux amis sont là, complices de cette vie éphémère, leur présence et la pénombre de cette chambre dans l´après midi humide et chaud distillent un halo de quiétude et l´on s´endort alors dans le silence de ce monde circulaire, la lune au cœur…L´énigme de l´enfance en filigrane de nos songes échappe à toute rectitude : le monde de ce tulou est une rencontre vers le yin, nous chuchotent sourdement les voûtes féminines de la nuit.