mercredi 7 octobre 2009

Sur les routes de France et de Navarre

Je reprends donc. Je tiens à préciser, quitte à insister : j´ai d´autres écrits sous la main, Solenn n´est pas ma seule muse. Cependant, je suis confrontée à deux problèmes : l´un est graphique, l´autre temporel. Le premier en effet tient au fait que je vois mes notes dans le petit carnet qui m´accompagne chaque jour mais que mes yeux n´arrivent pas à déchiffrer ce que j´ai écrit : un tracé parfois moins hiéroglyphe que les autres me rappelle une idée, un début de phrase que j´avais effectivement gribouillé mais il est très difficile de débroussailler la jungle scripturale qui se trouve là. Le second n´aide pas le premier : je trouve difficilement le temps de retranscrire sur ordinateur ce que je note et si en plus ces brouillons sont incompréhensibles, cela ne facilite en rien la tâche. Autre souci temporel : "avec le temps va tout s´en va" et j´oublie ce que j´ai écrit, ce que j´ai voulu écrire. Bref, on n´est pas sorti de l´auberge.

Alors, comble de l´absurdité, je vais au plus vite, au plus présent : j´écris sur celle qui m´empêche d´écrire le reste du temps !!! Solenn par-ci, Solenn par-là, je vois de là venir les commentaires rieurs et ironiques d´amis - en particulier ceux que les enfants ennuient énormément, mais tant pis c´est ainsi, je sais que ça fait plaisir à certains et c´est donc déjà ça. Vivre loin nous apprend à tisser ces liens invisibles à travers des mots : si texte et tissu ont la même racine étymologique, ce n´est certainement pas par hasard. De fait, je réalise que lorsqu´on me dit "j´ai été faire un tour sur ton arbre à plumes et je n´ai pas vu de nouveaux articles", indirectement ou directement on me dit "tu n´as pas donné de nouvelles récentes de Solenn, mets nous des photos !" et je dois donc bien me rendre à l´évidence que cet arbre est devenu provisoirement un journal de maternité - "mi bebe y yo" en blog !!! - et que plus personne ne semble y attendre les textes liés au voyage ou à l´imaginaire qui en constituait avant la sève. Alors assumons et étanchons la soif de nouvelles dont certains ont la générosité de nous faire part. La petite-reine-soleil est après tout un sujet très intéressant.

Pour élargir ce champ monothématique, je vais raconter quelques bribes des séjours passés à droite à gauche et parler de ses petits amis, avec qui elle grandit de loin en loin mais que l´on essaie de voir tout-de-même avec une certaine régularité. Les kilomètres ne font pas peur à personne dans cette famille : depuis sa naissance, le petit soleil a pris 8 fois l´avion (4 allers-retours entre Paris, Barcelone et Lisbonne), connaît comme sa poche le sud de l´Aveyron, le Lot-et-Garonne, Toulouse, la Cerdagne, le Pallars Jussa. Voiture, train, métro, bus, bateau, avion, poussette, aucun transport n´a de secret pour elle. A Saint Sever, la miss connut sa première Buffatière "extra-utérine" (car nous y étions aussi l´an dernier) et ne fut absolument pas déroutée de voir tous ces individus grimés en chemise et bonnet de nuit blancs (la première photo en haut qui, il faut l´avouer, peut consterner le chaland qui passerait par là par hasard). Elle applaudit la fête, ainsi que la fanfare, vue à deux reprises : la Bérézina porte mal son nom, elle cumule les succès et déchaîne les foules, de 7 à 7777 mois. Marie-Lou - notre incomparable hôte avec le doux Philippe - fut de nouveau son "coach" personnel (lors du premier séjour saint severois en avril puis durant leur visite en Espagne en mai, ce fut déjà le cas, l´entraînement étant à l´image de la pédagogue que Marie-Lou n´a jamais cessé d´être) : le matin pendant le petit-déjeuner, elle installait des chaises à distances variées afin de voir comment notre petite apprentie en mobilité se débrouillait. Puis nous l´observions passer certains obstacles avec brio, comme la barre de bois sous la grande table familiale - la seule photo qui en atteste a été prise par Marie-Lou et montre Solenn s´écrasant au sol après avoir mal coordonné toutes les flexions et étirements nécessaires à l´opération (on ne la publiera donc pas afin de ne pas contredire le "brio" mentionné ci-avant et pour éviter que Solenn, à l´âge de l´adolescence, ne nous intente un procès pour "violation de sa dignité dans le droit à l´image"). Nous passâmes quelques après-midis également à développer son sens artistique en l´emmenant à la construction insolite et au tout nouveau "Musée des Arts Buissonniers" que les Nouveaux Troubadours ont inauguré sous l´impulsion de Pol - la continuité en fait de plusieurs éditions de l´expo "Un monde de Bruts". Et bien, même lorsque je la laissais dormir derrière les deux gorilles sculptés par Kourajek (orthographe incertaine), Solenn ne se réveillait pas en poussant des cris d´horreur.
Après Saint Sever, nous nous rendîmes à Moncouët où vivent Nico et Catherine. Ce fut un plaisir de revoir Lilo et Kyra, les jolis jumeaux, qui ont acquis un certain sens de la discipline si on les compare à notre petite anarchiste (mais, je le répète, tout est dans l´éducation) : ils mangent bien, ils se couchent tôt, ils dorment toute la nuit, ils pleurent "piano piano", bref ce sont des z- amours (Solenn aussi ceci dit mais en sautant tous les premiers critères).

Pour confirmer qu´à deux, ce n´est pas pire qu´avec un seul, nous avons également été voir, un peu plus tard en septembre, les frérots Anatole et Camille. Le second était un peu effrayé par Solenn- l´entreprenante (qui, à 6 mois, tirait sur sa fermeture éclair et, à 10, lors d´un bain partagé, lui attrapait le zizi - "forcément, c´est intriguant ce qui dépasse là et que moi je n´ai pas !!!"). Anatole a une mémoire impressionnante et un don pour le langage : à 3 ans, il parle de façon très précise et a un vocabulaire qui ferait pâlir les linguistes en herbe. Sa fréquentation est donc tout-à-fait recommandée pour notre petite bavarde. J´ai oublié de dire hier que si à 9 mois, Solenn prononçait des mots plus ou moins intelligibles (sinon reconnaissables), en ce moment elle ne les utilise qu´occasionnellement (à part le "au-wa" car visiblement elle tient à ce que les gens se cassent) et a forgé son propre langage dont elle est la seule à maîtriser les codes. Elle dit plein de choses, à toute vitesse et sur tous les tons mais ça ne ressemble plus vraiment à des signes connus (le signifié a lâchement abandonné le signifiant, dirait Saussure) et le tout s´apparente à du japonais (pas à du chinois, je vous assure, sinon j´aurai encore une petite chance de capter un ou deux mots...). J´ai également oublié de dire que le mot "maman" était aussi entré dans son dictionnaire personnel (peu après ou relativement simultanément à "A-dar" mais on ne reviendra pas là-dessus) et qu´il se confond parfois avec la forme "Miam-miam" : car la maman, bien entendu, ça se mange... (en réalité, elle dit "maman"-"miam-miam" quand elle voit apparaître le sein nourricier magique et elle identifie donc clairement sein=maman=à table! ou, dans un autre ordre maman=sors mon petit cubis de lait=mmm, j´ai faim!) Mais évidemment elle ne dit pas "maman tiens, eu-gad A-dar miam miam down baba" ou, qui sait, peut-être mais dans son japonais (car elle a l´air très convaincue de ce qu´elle raconte). Et, toujours plus intéressée par l´espèce canine que les tristes humains à deux-pattes, elle fait "ah ah !" pour imiter l´aboiement mais le généralise à tout ce qui est "+animé - humain +animal", en rencontrant par exemple un chat ou un pigeon.

Cela dit, je dois avouer une certaine fierté à avoir constaté que ses premiers "mots" ont été balbutiés en français (la langue miam-miam-ternelle bat à plat de coutures la langue ba-ba-ternelle, eh eh...). L´été, l´Aveyron, le Lot-et-Garonne, Paris puis la bonne fréquentation d´Anatole ont peut-être aidé à mettre un petit peu d´ordre dans ce brouillard linguistique car je me rends compte à présent que la reprise de la crèche et le bain quotidien dans un environnement plus catalan ont tout-à-fait obsurci la compréhension jusque là établie (c´est un des travers de cette "normalisation linguistique" ici qui transforme les plus grands défenseurs de la langue en véritable "cat-libans" et plus personne ne comprend rien !!!). Quant au langage non verbal, elle maîtrise à merveille le salut de la main (on ne répètera pas ici qu´elle met un point d´honneur à ce que les gens dégarpissent), montre du doigt - très malpoli -, met à l´oreille des objets ressemblant à un téléphone, envoie des bisous (imite aussi, comme quand deux amoureux s´embrassent dans le métro et là, c´est la mère qui se sent gênée !), souffle, toussote, frappe des mains, danse...A Paris, elle fut admirative devant Nathanaël qui, pour fêter ses un an le 10 septembre, a honoré l´événement en se mettant à marcher (quelques jours avant). Ce ptit gars, qu´elle avait déjà rencontré le jour de la Saint Valentin, est tout-à-fait de son goût. Grâce à cet anniversaire, elle a pu goûter son premier bonbon Haribo, Mathilde (la maman) ayant la bonne idée d´enfreindre la loi du "no sugar" scandé par les pédiatres car si les parents lèvent les interdits, on peut miser qu´il n´y aura plus aucun intérêt pour les enfants de le faire. Et puis, 1 an, c´est un âge symbolique pour ouvrir les portes de la caverne d´Ali-baba au royaume alimentaire...Alors, même quand on est un poil plus petite, on peut se permettre de faire comme les plus grands.
Dans la sphère des vraiment plus grands cette fois, on a revu ensuite les cousins Owen et Melvin avec leur papa chez papy et mamie. Une photo de famille dans le jardin méritait d´honorer ce court passage.
Je ne sais plus si j´ai mentionné que sur l´arbre généalogique de la famille maternelle, Solenn est quelque chose comme la 242ème descendante de ses arrière-grands-parents Marie-Louise et Eugène Charbonnier. De quoi ne pas se sentir isolés ! Ma mère m´avait également appris qu´elle était née pile 100 ans après Françoise Dolto - le 06 novembre 1908 - et que cette année-là avait également vu naître Soeur Emmanuelle et son arrière grand-mère paternelle (à Solenn, pas à Emmanuelle), Marie, le 07 décembre. Nous verrons si ces dates cycliques prédisposent Solenn aux profondeurs de l´âme psychique ou mystique ou lui donnent le talent de conteuse de feu Marie Bernard (et non Sarah), quoi qu´il en soit pour l´instant elle est davantage portée à l´action qu´à la réflexion !

A part ça, Paris fut aussi l´occasion d´aiguiser un peu plus le sens esthétique de la demoiselle, sous la gouverne d´un spécialiste en la matière, notre ami Jean-Michel. La Halle Saint Pierre est pour nous un lieu de rendez-vous assez rituel et nous avons eu la chance d´y voir cette fois une expo sur Chomo (dont des peintures que nous méconnaissions totalement). Sur cette dernière photo, ce n´est pourtant pas des oeuvres de ce drôle de bonhomme qui avait construit son refuge imaginaire au coeur de la forêt de Fontainebleau que Jean-Michel lui montre mais celles d´un artiste polonais dont j´ai oublié le nom...mais qui était là ce jour-là et qui avait l´air adorable, discret, souriant, humble...Il avait également de très beaux tissages.
Tissons tissons textes et fils de la mémoire, ouvrages du temps et bobines colorées des jours et des soirs...

mardi 6 octobre 2009

Après le printemps, il y eut l´été...

...et jusque là tout le monde est rassuré.

Père et fille se sont mis au diapason de la mode majorquine pour chausser leurs pieds pendant ce mois d´août baigné de soleil. Il fallut trouver la fraicheur et rien de tel qu´un lac, celui près de Tremp en l´occurence, pour combler notre soif de silence, d´ombre, d´eau et de farniente (cette dernière, toute relative cependant vu la distance où se trouve l´enfant en bas âge de ce concept).

Durant ce séjour, il y eut beaucoup de premières expériences en "prime times". Solenn a le tact d´attendre d´avoir ses deux parents tout à elle, disponibles et attentifs, pour montrer ses prouesses : elle se lançât notamment dans le 4 pattes, décidée à coordonner jambes et bras, après avoir passé une bonne partie du mois de juillet à se balancer d´avant en arrière sans se résoudre à avancer (et terminant plutôt en rampant et soulevant le derrière version parcours du combattant). Elle apprit simultanément à se lever en s´accrochant à ce qu´elle pouvait (rebord de lit ou de chaise, jambes, chien) et puis elle se mit à babiller de plus en plus "clairement", imitant les sons entendus : c´est ainsi que le "au-revoir" prit sa place sous la forme de "Au-wa" accompagné du geste de la main et recouvrant toute entrée ou sortie de personne ou d´animal (une forme contractée en fait de "Hola" et "au-revoir", le "Salut" personnalisé de l´enfant aux 2 langues...). Mon crible phonétique reconnut également "donne" (prononcé à l´anglaise "down"), "tiens!", "Eu-gad" pour "regarde" (et ce fut aussi le début de toute chose ou individu montré du doigt) : en tout état de cause, on remarquera que le premier mode que choisit le bébé pour s´exprimer est l´impératif, preuve il en est - si tant est qu´il subsistât des doutes - que c´est bien lui qui commande à la maison.
Mais l´ingratitude infantile ne s´arrête pas là : force est d´avouer dans cet article (ne prétendant rien d´autre que de dépeindre fidèlement la réalité) que bien avant de dire "maman" de façon distincte - ou même "baba" pour "papa" - Solenn a préféré s´égosiller à crier "A-dar" pour appeler..."Radar", le petit chien blanc et roux de Marie-Lou et Philippe, qui la rendait folle de joie. Ce privilège s´accompagnait d´une autre différence notable, c´est que lorsque la petite devait rejoindre l´auteure de ses jours dans une autre pièce, son 4 pattes était rythmé par des lamentations et râleries particulièrement sonores tandis que lorsqu´elle poursuivait ce chien, elle allait à toute vitesse en émettant un cri inspiré, comble de la joie exultante (une sorte de rire inspiré, si vous voyez ce que ça peut donner...). Ce n´est pas le chien de cette photo qui la mettait dans cet état mais c´est égal, c´était de cet acabi l´affront.
Cependant je n´en pris pas ombrage et je me reposais un peu dans ces moments-là sur mon rôle " + animé + humain " comme on dit dans le jargon linguistique, car trop souvent Solenn me rappelait par sa voracité à la nature proprement mammifère de toute femme (certes, cette tournure casse tout glamour mais appelons un chat un chat) et se ruait régulièrement sur les seins maternants, pour combler une soif passagère, pour se consoler ou pour marquer la relation maternelle d´un seau indéfectible. Je ne m´appelais pas "A-dar !!!!" moi et ne la faisait pas courir mais j´étais un peu son Saint Bernard de service, toujours appelé à la rescousse avec son eau-de-vie en guise de récompense.
Car on arrive au point B de cet exposé sur l´ingratitude innée de nos progénitures : toutes ces vacances, je me suis décarcassée - tel le père Lustucru - à préparer de bons petits plats à cette enfant dotée de plus en plus de dents (7 à ce jour), cherchant les meilleurs légumes ou fruits et les meilleurs axiomes "courge-carotte-tofu", "pommes de terre-haricots-poisson", pour me retrouver chaque jour confrontée à la même déroute et à un refus entêté d´avaler la moindre cuillère de ces merveilles gastronomiques (bon, il faut admettre que l´absence de sel rend difficile l´extase gustative) ; j´ai donc essuyé jour après jour des râteaux culinaires sans broncher, me remettant à l´ouvrage le lendemain, encouragée successivement par Marie-Lou puis Catherine me dénichant les meilleurs légumes de leur potager, comparant avec moi des recettes bio ou m´alternant parfois sur le maniement de la cuillère mais rien n´y faisait : Solenn détourne la tête avec une habileté déconcertante. Ceci est vexant mais ce n´est rien à côté de ce que je vais vous révéler maintenant : après plus de 28 jours de ce calvaire quotidien à faire ingurgiter un minimum de 3 bouchées à cette mini-militante de la grève de la faim, je fis une expérience bien plus traumatisante : je vis la chipie descendre en moins de 3 minutes LA TOTALITÉ d´un petit pot acheté au supermarché et dont le goût était immonde.

Quand le bébé sort du ventre de sa mère (où il devait bien se contenter de ce qu´on lui donnait à manger soit dit en passant), une des premières choses que l´on fait - sous peine d´être un peu embêté si on ne le fait pas - c´est de couper le cordon reliant mère et enfant : pendant cette opération, aucune infirmière ne nous avertit mais l´enjeu est de taille : la mère perd son nombril, littéralement : et avec lui pfuiiiit, envolé l´égo ! Larmes, cris, morsures, griffures, refus en tout genre, vexations et autres humiliations en public sont le lot ("le gros lot" devrait-on dire) de l´intronisation dans le monde des "heureux" parents. Depuis que Solenn est née, je reçois régulièrement des magazines sur les bébés (sans que je n´ai jamais rien demandé mais voilà, La Poste semble s´envoyer à elle-même des faire-part de naissance et décide d´envoyer de la presse spécialisée aux citoyens ayant l´amabilité de rebouster le taux de natalité) ; je les feuillète parfois dans le train qui me mène au "train-train quotidien" afin d´essayer de trouver des récits d´expérience sincères et objectifs mais je tombe en général toujours sur cette même phrase, une sorte de refrain revigorant : "Mi bebe es la alegria de la casa" - désolée, on m´envoie ces sornettes en langue de Cervantès, ce qui de l´autre côté des Pyrénées donnerait "Mon bébé est la joie de la maison". Cela me fait sourire : certes il n´y a guère de plus grande joie que l´arrivée d´un enfant dans nos vies (mélange de magie, de poésie et de terreur sublime) mais de dire que ces petites boules de feu qui éclatent en sanglots ou s´étranglent de rage à la moindre contrariété SONT la joie même, avouez que c´est drôle quand-même !!!! Chialer c´est se tordre de rire en somme. Les larmes sont le summum de la crise de fou rire, hurler c´est chanter la beauté du monde et avoir des coliques un rite de passage mettant tout le monde en transe !!!!
Je défie mes contemporaines d´avoir un peu le courage de l´honnêteté et de ne pas craindre un procès de "mauvaise mère" en confessant simplement qu´un bébé peut être tout à fait désopilant, qu´il met régulièrement ses parents en rogne et leur apprend la patience infinie et ne respecte à peu près aucune loi de la bienséance (d´où le rôle éducatif incombant à leurs ascendants). Regardez par exemple cette photo de Solenn cet été : crise de pré-adolescence, elle trouve déjà beaucoup plus intéressant de mordre dans une cigarette plutôt que de jouer avec un objet de son âge !!! Dans ce cas particulier, je vous avoue que je jette l´éponge et m´en remet au père, sans omettre de lui passer une couche de culpabilité puisque c´est lui l´affreux fumeur dans cette maison - donc le tentateur des péchés et on en reparlera en temps voulu mais cette photo restera gravée là pour attester de cette exposition beaucoup trop précoce aux nuisances de ce monde (...et toc !)

Il fallut en pareilles circonstances détourner l´attention de la coquine et lui offrir une bouée "Deluxe" (s´il-vous-plaît) afin de lui faire découvrir des plaisirs non interdits comme l´eau (qui détruit le feu, si vous voyez où je veux en venir). Ce fut un succès, tout comme le ramassage de petits cailloux pour remplir et vider les petits cubes. Heureusement que les mères sont là, pensant à tout, des couches aux jeux éducatifs - pourrais-je ajouter, me lançant des fleurs par la même occasion puisque ce n´est plus si souvent que l´égo est redoré (sic le paragraphe précédent où on a vu que celui-ci était parti à la poubelle). Je me dis que je vais arrêter là pour le moment car je dois justement aller chercher la demoiselle à la crêche et je laisserai la deuxième partie de ce récit de vacances pour plus tard (quand on a du retard, on ne compte plus !). C´est le comble des mamans ayant un peu de temps devant elle : en profiter pour parler de leur enfant ou écrire sur celui-ci : c´est donc bien vrai, on s´ennuie d´eux dès qu´ils ne sont plus dans nos pattes. Les lectrices de "Mi bebe y yo" ou "Ser padres" ont donc raison : C´EST LA JOIE DE LA MAISON, sans eux qu´est-ce que c´est triste !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

vendredi 15 mai 2009

Mémoire d´un temps révolu...

...Celui où l´on ne devait mettre un réveil qu´occasionnellement (en général le lundi matin pour se rendre à la session du "Ralet Ralet", une activité d´initiation musicale pour bébés), où les journées étaient pleines mais passaient vite, où l´on savourait le soleil autant le mardi que le dimanche, où l´on n´attendait ni ne prenait le train, où l´on vivait chaque moment de l´enfance de façon exclusive et pleine, où l´on partait sur les chemins avec le bébé en écharpe, où l´on décidait le matin de prendre "l´oeuf" jaune pour monter dans les airs et atteindre le monastère de Montserrat - comment dit-on en français, ici c´est le "teleaeri" ?, où l´on recevait la visite inopinée d´un ami revenant de Mauritanie (Philippe) avec son camion bariolé orange, où l´on allait revoir nos chèvres et moutons bienheureuses dans leur nouveau grand troupeau et où on inventait mille stratégies pour faire des choses en ayant toujours les bras pris. Les premières fois où on a laissé Solenn à sa nounou ou à la crèche j´avais l´impression que le temps était extensible à profusion et que je ne savais plus qu´en faire. Je faisais tout au pas de course. Les premiers jours de travail mi-mars, j´avais d´ailleurs fini en 2 heures ce que j´aurai dû faire en 8 et me demandai "mais alors maintenant quoi ? je peux pas rentrer chez moi et voir ma petite ?". Mais non , socialement, ça ne se fait pas, même si l´expérience de la maternité rend ultra-efficace et rapide (les patrons devraient revoir leur jugement quand ils doutent d´engager une femme en se disant que quand elle deviendra mère elle ne sera plus aussi disponible : car certes les aspirations au "travail buissonnier" sont plus fortes mais le temps où l´on est là, on abat une somme de travail telle une bête de somme et on est du coup vraiment optimale).


Bref...ce temps de "l´avant", je tenais à le raconter et l´illustrer avant de donner des nouvelles plus récentes. Car loin de moi l´intention de n´écrire plus que sur Solenn mais cet "arbre à plumes" s´est doté de fruits réels et finalement, ce qui m´inspire et se transforme en écrit est toujours lié au présent : voyages, récits ponctuels, expériences nouvelles...Il va sans dire qu´outre cet intérêt presque exclusif et amoureux sur cette expérience et cet être-là, je n´ai guère le temps de me lancer dans un autre projet, de fiction par exemple. La réalité est nettement plus intéressante dernièrement et puis je crois que c´est dommage de ne pas l´observer à la loupe, la décrire, la partager...en retenir des bribes, des instants, des joies pour les transmettre aussi aux parents et amis qui sont loin.
Je remonte donc dans le temps et revient à la fin février, là où je m´étais arrêtée dans le précédent article : initialement je devais reprendre le travail le 11 mars. Après le voyage à Paris mi-février et voyant le mois de mars s´approcher j´ai été comme prise de panique et j´ai décidé, une semaine après, de refaire mes valises et de repartir - comme pour "conjurer le sort" et profiter de ces derniers moments de liberté. Cette fois j´ai pris la direction de "Moncoët", destination fort connue s´il en est, et il est sans-doute même inutile de préciser que ce "lieu-dit" se trouve dans le Tarn et Garonne : ici vivent mes très chers amis Cath et Nico et j´allais recontrer leurs deux petits jumeaux - Lilo et Kyra - nés une semaine après Solenn. On peut voir sur ces photos que cette dernière était bien potelée à cette époque et que lorsque l´on est partis les trois se ballader avec chacun un bambin dans l´écharpe les 2 petits se faisaient un peu moins remarquer que ma petite boule ! D´ailleurs j´ai été impressionnée par Lilo et Kyra : quand ils râlaient ou pleuraient, c´était d´une petite voix très douce et quand je suis allée les voir le premier matin à leur réveil, ils étaient tout tranquilles dans leur berceau, observant leur mobile, patientant. Voilà des bébés civilisés, me suis-je dit, tandis que Solenn continuait à prouver à la terre entière et au canton de Moncoët qu´elle avait du coffre et un tempérament bien trempé. Mais, rendons lui justice, Nico l´a trouvée très gracieuse et il est vrai que Solenn sourie beaucoup ; en fait elle passe d´un extrême à l´autre : de la joie frénétique et exaltée à la colère la plus noire. Quand elle aura une meilleure maîtrise de son corps et des mouvements, je ne doute pas qu´elle se lancera volontiers au sol et se roulera dans tous les sens : ses pleurs dictent cela, Solenn, c´est Sarah Bernhardt, surtout si on ne lui fait pas cas.
Anne, que nous avons vu à Toulouse au retour, a une explication à ce sujet : Solenn se fâche et s´exprime par ces cris stridents loin de laisser indifférents car elle n´a pas encore la capacité à s´exprimer avec des mots. Cela la frustre énormément. Soit.

Ceci dit, elle est bavarde et le langage n´est pas si étranger à elle. Je dirais même qu´elle a de la verve. Depuis qu´elle a découvert qu´avec "Da da da", alternés de "Ta da da", on pouvait à peu près tout dire, elle s´en donne à coeur joie. Il suffit en fait de changer d´intonation et ces syllabes magiques servent à la fois à commenter, interroger, revendiquer ou se fâcher. Le problème est quand elle décide de converser à 3 ou 4 heures du matin. Cela commence doucement, comme un chuchotement "ta da da..." puis ça monte en crescendo pour finir en opéra. Et là, il faut parlementer pour expliquer à notre conférencière exaltée qu´il y a des moments pour tout - et que bavarder et dormir ne font pas bon ménage, en tout cas pour ses parents. De fait, elle propose des alternatives : cette nuit par exemple, c´était l´acrobatie. Elle me montrait qu´après avoir tété en position sur le côté, elle trouvait très amusant de faire la pirouette et de se mettre sur le ventre en position yogi de cobra et en ondulant des fesses pour essayer d´avancer : "TA DA DA !!!" (="T´as vu ça ?") - "Solenn, petit soleil, il est 4h30, le grand soleil il est pas encore levé..." - "Da da" (=et alors ?)- "A écouter français, castillan et catalan, tu décides de parler russe, c´est cela ?" - da aaaaaaaaah ! (ça c´est le da suivi de l´éclat de rire). Bien, cette vivacité du langage - et des mouvements - lui a valu le surnom de "fusik" de la part de Marie-Lou ; je ne sais pas si je l´orthographie correctement mais c´est un mot occitan qui veut dire "qui bouge beaucoup, vive". Avec ce tempérament, les siestes dans la journée restent fort rares et très courtes : la mistinguette recharge ses batteries en un tour de main. Les petits bruits aigus qu´elle produit - prémices du langage articulé - ont également inspirés à Marie-Lou et Philippe le deuxième surnom de "ménate". Quand elle n´est pas dans cette gamme de sons aigus, intriguée par un objet devant elle, Solenn "tronçonne" (= rhhmmm hrrrmmmm rrrrhhmmmm).
Bon mais tout ceci c´est maintenant. Voilà ce que c´est de ne pas être ponctuelle dans les nouvelles. Les photos que je mets aujourd´hui sont de février en fait, Solenn n´avait pas encore 4 mois. Ici à gauche, nous étions à l´expo de photos de Sergi Bernal (vous vous en souvenez, le compagnon d´Eli et papa d´Ariadna née 15 jours avant Solenn ?) : des photos de Chine, très belles, la voilà déjà dans le voyage et en Asie !
Mais attention ce n´était pas sa première expo ! Elle avait fait ses "premiers pas" culturels à Paris à la Halle Saint Pierre, guidée par Jean-Michel...Ca l´avait tellement subjuguée qu´elle avait dormi tout le long de la visite...
Février, pour résumer, c´était la fin d´une période qui a été longue et intense, celle des mystérieuses coliques, cris et pleurs incessants le soir jusqu´à des heures avancées, mais le début aussi de riches interactions et de multiples sourires.
Puis il y eut mars, le début de la crèche, la grève du biberon et les repas à la petite cuiller...avril et un séjour à Saint-Sever, avec les deux premières petites dents qui sont sorties, celles du bas. 5 mois, c´était tôt pour se munir de petites scies et mes seins s´en seraient passés encore un petit moment...Mais la nature en a décidé autrement.
Il y eut d´autres événements aussi, des escapades et voyages. Un autre article illustré devra suivre. Je fais un bond entre le mois de février et le joli mois de mai avec une photo prise la semaine dernière par Marie-Lou pour terminer celui-ci. Solenn tronçonne et mon ventre ronchonne...allons "dadaïser"...


Photos : 1. Solenn l´insolente / 2. Chèvres et moutons près de Can Perellonch / 3. Nico avec ses deux petits / 4. Solenn et Lilo / 5. Cath, Nico et moi avec les bébés en écharpe / 6. Anne avec Solenn à Toulouse / 7. Première expo photo / 8. En ballade entre El Bruc et Collbató...

samedi 9 mai 2009

Le temps des cerises...



Le cerisier a changé depuis janvier. Il a fleuri de ses belles fleurs blanches (la photo en témoigne) et maintenant il bourgeonne, promettant de belles cerises gorgées de soleil. A ses pieds les herbes folles ont poussé et font disparaître les chaises du jardin : celui-ci est résolument sauvage, j´aimerais le dompter un peu et lui donner plus belle allure mais le temps du jardinage n´est pas encore arrivé. A vrai dire, le temps est vraiment un casse-tête depuis la reprise du travail. Entre les trajets, les longues journées, suivies des trop courtes soirées avec Solenn et David puis tout ce qu´il y a à faire et qui n´est guère palpitant (tout ce que l´on nomme "tâches domestiques" - lessive, cuisine, vaisselle, ménage - et que l´on devrait plutôt appeler les "tares qui nous domestiquent"), il ne reste que de trop rares moments où l´on tente avant tout de profiter de l´instant présent : promenades, jeux, retrouvailles avec des amis, petit déjeuner sur une terrasse de café, ou une sieste partagée...car la fatigue, évidemment, est assez grande et frustrante. La nuque et le dos tiraillent quand on donne le bain, on s´écroule de sommeil quand on voudrait faire des activités "d´éveil" avec notre petite, on perd patience quand elle nous réclame à grands cris alors qu´on essayait d´avaler la première cuillèrée de soupe d´un dîner toujours entrecoupé.
Solenn a eu 6 mois le 06 mai. 6 mois intenses, aux émotions vertigineuses et aux expériences palpitantes. Pas de gâteau pour l´occasion, nous étions le soir seules en tête-à-tête car David était à Barcelone et j´ai dû avaler à la va-vite une soupe tiède et des tartines de fromage grossièrement étalées sous les cris de rage de la belle qui trouvait scandaleux de devoir rester dans son petit transat pendant cette opération : bon appétit et joyeux anniversaire ! Le lien de cause à effet entre l´alimentation et la production de lait maternel semble échapper totalement à la conscience de notre petite exigeante. De fait, si l´approvisionnement reste correct, je ne sais guère s´il est si riche nutritivement vu le peu de temps et de confort passé à table et la vitesse à laquelle sont absorbés des plats plus que sommaires. Mais peu lui importe, le bébé réclame et tète goûlument sans rechigner et continue à le faire à des heures incongrues, quand la nuit est bien noire (2 ou 3 h du matin, parfois 4h30) puis quand l´aube se lève, entre 6 et 7, en général 2-3 fois par nuit. Je perds parfois complètement le compteur et n´ai pas toujours la force de regarder l´heure d´ailleurs et je me demande si cela correspond à de réels "appels du ventre" ou de simples "appels de bras"...Quoi qu´il en soit, quand le réveil sonne à 7h15, je ne sais plus exactement à quel "nouveau réveil" j´en suis : est-ce le définitif ou un provisoire ?
Pour l´incongruïté horaire, Solenn tient d´ailleurs de son père (même si certains iront chercher quelques exemples notoires chez son insomniaque de mère...) car celui-ci, comme si c´était trop peu, décide régulièrement à 5 heures du matin - ou à 3, qu´il faut qu´il aille courir car il n´en a pas eu le temps dans la journée. Donc quand ce n´est pas la fille, je demande le père dans la famille des "décalés horaires" . Quand dans la journée, des étudiants bien intentionnés me demandent si "la petite fait ses nuits", je sourie jusqu´aux cernes : "ses quoi ???" et hésite entre un nouveau café ou un déca sucré aux somnifères pour produire un lait planant. La pédiatre l´a confirmé : à 6 mois, un bébé peut tenir toute la nuit sans manger.
Mais ne croyez pas que Solenn se réveille uniquement à des fins purement - et bassement - alimentaires : depuis peu, elle ouvre l´oeil également pour... converser ! En effet, ayant réalisé qu´avec les syllabes "da da da" ou "ta da da", on pouvait tout dire ou presque en variant l´intonation, elle met cela en pratique à n´importe quelle heure du jour...et de la nuit. Je l´entends parfois commencer en chuchotant "da da da, ta da da, daaaaa" puis ça va crescendo, les mains s´agitent, les pieds soulèvent la petite couette, le nounours valdingue et la conversation s´anime "TA DA DA DAAA, DA DA !" - d´une voix traînante et d´outre-lit "Soooleeeeeeennnnn tu m´racont´ras ton rêve demain, d´accooooord ???" - "TADADINDIN !!!" (= Pas question !) - "Si. C´est pas l´heure" ("DATADA!" = Que nenni !) - "Non !" - "DA !" ("ah bon, tu parles russe en plus ??" - "da da..."). Ce genre de baragouignage a le don de réveiller complètement et de provoquer une vive nostalgie des réveils mûs par la simple envie de téter : au moins, là, on avait de quoi lui fermer le clapet et de se rendormir avec elle au creux du bras.
Djamilia avait apporté à Noël un livre qui parlait de l´éveil des tout-petits et distinguait les enfants "hypotoniques" des enfants "hypertoniques". Il va sans dire que concernant la nôtre, je n´ai pas hésité une seconde sur la catégorie à laquelle elle appartenait. Hypertonique et ultrasonique. Noctambule et bavarde. Rigolarde et colérique. Pas de quoi s´ennuyer...

* * *

J´ai beaucoup de retard dans la publication de ces nouvelles de Solenn, supposées être printanières alors que nous sommes en plein été (nous sommes le 30 juillet et je profite de l´examen final de mes étudiants pour accéder enfin à ce blog et mettre à jour des informations largement dépassées !). Il y eut plusieurs facteurs expliquant ce retard : mon ordinateur portable sature et n´accepte plus de photos et ne veut d´ailleurs maintenant même plus reconnaître la carte de l´appareil. Puis ce problème de temps évoqué plus haut. Internet à Collbató mais pas encore al Bruc...bref. Je rattrape le temps et mets ici quelques photos en remontant le cours des derniers mois. Si vous êtes un rien attentifs et doués en calcul vous aurez compris que Solenn n´a plus 6 mois depuis presque 3 mois et approche donc des 9, pour commencer...Elle est sur le point de se déplacer à 4 pattes mais ce n´est pas encore ça, elle se met en position, bascule les fesses d´avant en arrière et avance un genou mais ne sait pas comment faire ensuite et termine en plan "parcours du combattant", s´écrasant à terre puis rampant et soulevant le popotin, les bras faisant le reste. Elle préfère nettement à cet exercice un peu trop "ras les pâquerettes" la station debout d´ailleurs et s´accroche à tout ce qu´elle peut (rebord de banc, petite table ou chaise etc) pour être dressée fièrement sur ses deux jambettes. En terme de coordination elle excelle également dans le signe du "au-revoir" mais un peu en toute occasion et la main vers elle et depuis hier nous l´avons découverte en train de jubiler car elle sait applaudir (avec ses deux mains ou deux objets qui peuvent s´entrechoquer, c´est plus drôle, ça fait plein de bruit).


Côté événements : le 30 avril nous sommes allés fêter le mariage de Candice et Olivier dans le nord de la France. Je n´ai pas sur ma clef USB de photos pour en témoigner mais j´en ajouterai bientôt, une fois que j´aurai dompté mon ordinateur. Nous avons donc repris l´avion (oui oui celui de cette photo....), la voiture, le train, le métro, nous avons festoyé, chanté puis nous sommes allés à Paris où Solenn a pu revoir son papi (sur la photo plus haut) et sa mamie le temps d´une journée. Un petit bain de français pour les oreilles si habituées à la musique catalane (à la crèche, avec la nounou...)


Comme on peut le constater sur les différentes photos, le cerisier est passé de fleuri (début avril) à gorgé de fruits (mi-juin) offrant un brin d´ombre pour des pique-niques champêtres (avec Max et Mélanie sur la photo) puis assailli par de gros oiseaux colorés, assez nonchalants et peu honteux de leur gourmandise voleuse. Rien de tel qu´un arbre pour mesurer le fil du temps.


Il faut préciser d´ailleurs que les "Tadada" de Solenn à 6 mois sont passés par d´autres phases et qu´elle a ajouté à ses vocalises le son "o" : lorsque nous étions à Lisbonne (pour le long pont de la Sant Joan fin juin), elle disait souvent "ayto" (voulait-elle dire "esto" ou "Això", le "ça?" castillan ou catalan ou alors imitait-elle Tiago disant "papa Heitor" ?). Il y a aussi des sons japonisants...Les voici tous les deux sur cette photo, le petit Tiago déjà grand que j´ai connu à l´âge de 5 mois, lorsque nous partagions avec sa maman - Marta - l´appartement d´Eli dans le quartier gothique. Mon plus petit colocataire de l´histoire de toutes mes colocations ! Celui qui - indirectement - m´a initié aux couches lavables et au jeu des pinces à linge à enlever et - si possible - remettre dans leur petit panier...Maintenant un petit frère est arrivé, le petit Tomas - pas si petit que ça d´ailleurs du haut de ses 55 cms et 4,4 kg à la naissance ! Le voici sur cette dernière image...et pour aujourd´hui je devrai arrêter là (il y en a des choses à raconter quand on a pris autant de retard !) car mes étudiants ont fini leurs productions et j´ai donc un joli tas de copies à corriger...demain c´est le dernier jour de ce dur labeur estival et nous serons enfin en vacances !!!

dimanche 29 mars 2009

La vie avec Solenn...

Fin d´une étape...Retour au travail pour ma part et adaptation à un nouvel environnement, un nouveau rythme pour Solenn : la crèche, une nounou...Après avoir fermement refusé tout biberon, Solenn prend des céréales à midi et des petits pots de fruits en goûter à la cuillère : ça marche beaucoup mieux et elle redevient même glouton...par contre, elle en met partout, y´a rien à dire, l´allaitement c´est quand-même top, propre, pratique, sans ustensile...

En guise de nouvelles, je reviens sur quelques événements les derniers mois, en ce début de 2009 tout neuf...
En janvier, il neigeait. Le jardin del Bruc était comme ça, tout blanc...Cependant, à ce moment-là, nous étions plus souvent à Collbató, pour économiser le chauffage. Solenn avait beaucoup de coliques à cette époque, les nuits ne commençaient jamais avant 3-4 heures du matin. Leonard Cohen nous accompagnait encore chaque nuit ou "1492" qui avait un certain effet pour apaiser notre pitchoune en pleurs.
Nous décidâmes alors de prendre le large. Le 09 janvier, quasiment à l´heure de la fermeture, nous allâmes à la police pour faire une carte d´identité et un passeport à notre bébé. Le lendemain, nous allions fêter les 30 ans de Mélanie dans le sud de la France, près de Perpignan. Cela coïncidait avec un autre anniversaire : les 5 ans de notre rencontre avec David. Il eut alors l´idée de demander aux couples présents - et volontaires ! - de raconter leur rencontre. C´était de beaux récits, assez touchants...Puis nous avons dansé et Solenn est passé de bras en bras. Un tantinnet gai, son papa eut une autre idée saugrenue, celle de poser avec elle avec chaque invité (je vous épargne cette série mais c´est assez cocasse !). Avec le rythme de notre poupon agité, nous avons pu tranquillement veiller et faire la fête jusqu´à 4 heures du matin, heure à laquelle elle ne voulait d´ailleurs toujours pas dormir...

Puis, de retour dans nos contrées, nous avons commencé des activités palpitantes : le lundi matin, nous allions au "Ralet Ralet", une sorte d´éveil musical où nous écoutions de la musique classique, apprenions des comptines et jouions avec des rythmes, dansions et découvrions plein d´objets qui font des bruits. Il y eut une interruption un moment car il n´y avait que 3 bébés inscrits (et 3 mamans) mais j´ai réussi à faire gonfler les rangs des mélomanes en faisant de la pub à "l´espai nadó" ("espace bébé"), et nous avons repris les sessions jusqu´à la mi-mars. Cet "espai nadó", c´est la 2ème activité à laquelle je me suis inscrite pour partager cette riche étape de maternité avec d´autres mamans, et c´était franchement super : ça se passait à la crèche publique de Collbató, une fois par semaine, et j´ai bien connecté avec la personne qui l´animait, Laura, d´une grande sensibilité et proche des méthodes éducatives alternatives avec lesquelles je me sens en phase...Tout le mois de février, on a appris à faire des massages à nos petits. Entre temps, j´ai aussi eu une visite surprise : celle de Philippe, mon ami de Saint Sernin dans l´Aveyron, qui revenait de Mauritanie avec son beau camion orange. On s´est raconté plein de nouvelles en faisant de belles ballades.

Mais au mois de février, nous avons aussi entrepris un deuxième voyage en France avec Solenn, cette fois un peu plus long et en avion : nous avons volé jusqu´à Paris ! On a commencé par aller voir papy, mamie et les cousins à Nemours...On a même fait connaissance avec Marie et Maël, "demis" frère et soeur d´ Owen et Melvin. Ils regardaient ce petit bébé, bien intrigués...








De nouveau à Paris, on est allés chez Claire pour faire connaissance avec le petit Camille, né deux jours avant Solenn : un amour de bébé et Anatole, son grand frère, un chouette petit bonhomme.




Le lendemain, on allait à la Halle Saint Pierre avec Jean-Michel : 1ère expo - les dessins et gravures de Fred Deux et Cécile Reims ! Ça a tellement impressionnée Solenn qu´elle a dormi tout le temps dans l´écharpe. Jean-Michel l´a tenue sur ses genoux au café mais l´appareil photo n´a pas pu en attester car il n´avait plus de batterie. Dommage...
Le surlendemain, jour de la Saint Valentin, Solenn a dragué éhontement le petit Nathanaël, son aîné de deux mois ! Mathilde et Cédric faisaient découvrir à David une spécialité gastronomique française, le pot-au-feu, en plein coeur de leur quartier plus asiatique que franchouillard : Belleville. Après une ballade, le soir nous sommes rentrés dans le 11ème où nous logeions et Solenn a pu connaître son tonton Yul ! Elle l´a beaucoup aimé...Laurence et Alain sont également passés et c´était très sympa.










Puis le dimanche nous avons vu Candice, de passage à Paris - sans Victor, dommage ! - puis avons fait une ballade dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés avec Ingrid et Rodrigo.














Je vais interrompre ce récit ici pour ce soir car il y a d´autres urgences : les pleurs de Solenn, sa faim sans doute, le bain...mais il y a encore beaucoup à raconter ! J´essaierai donc de trouver un autre moment dans ce temps sans cesse interrompu mais si plein...

lundi 19 janvier 2009

Névroses parentales


La névrose du parent aimant et débordé consiste premièrement à faire ce que je suis en train de faire : aller vérifier toutes les 5-10 minutes si son enfant qui, pour une fois, dort, va bien et respire normalement, au lieu de profiter de ce temps de répit et de ses mains libres pour faire ce qu´il n´a plus jamais le temps de faire : écrire un texte, essayer de donner à la maison bonne figure (ou “sauver les meubles” et les apparences), bricoler... Dans ce genre de situation – une sieste inopinée – on se retrouve face à un dilemne cornélien : “tiens qu´est-ce que je peux faire, par quoi commencer ?” car on ne sait jamais si le temps que l´on a devant soi va se limiter à 10 minutes ou durer au contraire 2-3 heures. Quoi qu´il en soit, lorsque cela dépassera une heure, on aura été tellement souvent voir si le bébé dort vraiment que l´on commencera presque à trouver le temps long et à espérer qu´il se réveille. Et puis on n´aura encore rien commencé puisqu´on n´aura pas réussi à se décider sur l´activité la plus urgente ni celle que l´on ne peut absolument pas faire avec bébé : laver le linge ou l´étendre, passer le balais, faire une ballade, on peut le faire avec le bébé dans l´écharpe. Repondre aux mails averc un doigt, ce n´est pas pratique mais c´est possible quand le bébé tète en s´aidant du coussin d´allaitement qui se transforme en coussin d´ordinateur portable. Lire, regarder un film, sont aussi des loisirs accessibles pendant les tétées. Danser, écouter de la musique sont les remèdes aux pleurs...Sortir, aller faire des courses, déambuler dans les rues, conduire...impliquent la présence du bébé car si ce n est pas le cas, on encourre le risque de sursauter et s´exclamer “Mon dieu mais j´ai oublié le bébé à la maison !” et de ne pas supporter le choc d´adrénaline provoqué par cette étourderie. Car c´est aussi un des symptomes de la névrose du parent aimant et débordé (nous l´appelerons désormais “P.A.D”) : quand on dort pendant ces miraculeux laps de 3 heures, loin de déconnecter, on rêve...du bébé ! Et le rêve – ou plutôt cauchemar – d´oublier le bébé quelque part est récurrent. Le papa a déjà eu ce rêve lui aussi et s´est réveillé avec des sueurs froides. Personnellement j´ai aussi eu le voyage en bicyclette avec le bébé nu contre moi et sans attache avant de me dire que c´était complètement irresponsable et d´intégrer dans ce rêve un porte-bébé qui n´avait pas l´air tellement plus solide. J´ai aussi rêvé que Solenn avait 3 petits frères nés quelques mois après sa naissance, comme si les grossesses coïncidaient et pouvaient se superposer, je me demandais comment j´allais faire avec cette ribambelle de bambins et puis tout-à-coup j´ai eu la révélation en me disant « Ah mais je vais avoir plus de congé maternité, je pourrais allaiter minimum 6 mois comme le recommande l´OMS ! ». Dans cet état de névrose, le mieux serait sans doute, pendant les fort rares siestes du bébé, d´aller se reposer soi-même comme le recommandent les pédiatres (pas encore le psychiatre J...) et tous les parents qui sont passés par là. Mais voilà, on n´a pas forcément sommeil sur commande et les siestes tardives ne me réussissent pas du tout, elles me rendent de mauvaise humeur, donc ce n´est pas une bonne idée (en plus, on ne pourrait plus dire le soir au père, au pire moment des coliques et des états inconsolables «bon là moi je suis complètement crevée, je l´ai eu dans les bras toute la journée, elle a besoin de changer d´air et de ton épaule plus large que la mienne... »).

La névrose du P.A.D consiste en effet aussi à vivre une dichotomie de sentiments envers l´autre parent : un besoin énorme de sa présence et de son soutien (en particulier aux moments critiques d´ailleurs) et d´irrépressibles envies de l´assassiner quand on juge qu´il fait tout à l´envers : lorsqu´il veut constamment lui mettre la crème anti-bactérienne sur le « culet » (joli nom donné aux fesses en catalan) – « le pédiatre a dit 3 FOIS PAR JOUR, pas à chaque fois ! », ou quand il impose de lui injecter du sérum dans les narines même quand y´a pas de mucosités, épreuve insupportable pour le bébé et pour la maman et qu´il se vante ensuite du résultat « tu vois, elle dort, c´est parce qu´elle respire bien mieux maintenant ! » ou encore quand il l´habille sur des critères purement esthétiques, en dehors de tout fondement climatique et pratique : « bon d´accord tu étais styliste mais je te rappelle que ce n´est pas une poupée et qu´il fait 0 dehors ! ». Sans compter l´offense suprême, s´interposer dans la fréquence ou la durée des tétées : « elle mange encore ? mais elle va être comme un « phoque ! » (*expression catalane équivalente à l´image de la baleine en français) – « MAIS NON elle a faim ! » et, têtu, il essaiera de calmer le bébé pendant des heures en répétant « ah ces coliques... » tandis que le bébé essaie de revendiquer son droit à manger et que la mère excédée finira par lui enlever des bras en argumentant « ça n´existe pas la boulimie chez les nourrissons et puis de toute façon mes seins non plus n´en peuvent plus, c´est l´heure de manger, un point c´est tout». Dans ce genre de dispositions, les moments de sieste du bébé qui pourraient aussi être des répits d´intimité pour les parents aimants et névrosés tombent à l´eau. Mais la mère n´est pas en reste dans le lot des absurdités lorsqu´elle est plongée dans la lecture d´un site web consacré à l´allaitement ou aux couches lavables, et qu´elle berce machinalement le bébé quand celui-ci commence à s´énerver avant de se rendre compte...qu´il demande à allaiter ou à ce que sa couche soit changée !

La névrose du P.A.D réside enfin dans le remarquable manque d´objectivité face à sa progéniture – en particulier en ce qui concerne sa farouche sauvagerie, le bébé n´étant pas encore rompu aux codes de la bienséance. Ainsi, quand le tout petit est en colère et se met à agripper les cheveux, les tirer de toutes ses forces, taper du poing et griffer comme un petit hystérique, le P.A.D s´exclame : « waouh quelle force et quels ongles, ce n´est pas un bébé c´est un petit chaaaaat, hein mon tigrou !!! ». Ou lorsqu´il fait preuve de son excellent transit intestinal et asperge de pipi et de caca celui qui s´est collé à la tâche du change, le P.A.D dont les vêtements viennent d´être recustomisés reprend sa respiration et dit posément : « ah c´est bon signe, il digère bien et d´ailleurs ça sent plutôt bon les selles du lait maternel. Puis pour les habits c´est pas grave, fallait faire une lessive car là y´avait déjà plein de traînées de lait sur le pull ». Bref le P.A.D supporte divers types d´humiliations avec un certain enthousiasme, ce qui ne serait jamais le cas avec toute autre personne que son petit protégé. C´est un signe manifeste du degré de sa névrose ou de l´amour inconditionnel qu´il porte à son enfant. Quoi qu´il en soit, quelques minutes de sourire du nouveau « centre du monde » compenseront toutes les frustrations ou vexations endurées. Mais l´enfant est aussi très lunatique : il s´amuse comme un fou, rigole et se tortille de joie, quand d´un coup d´un seul et sans qu´on n´ait rien vu venir, il explose en larmes ; « bah qu´est-ce qui se passe ? oh là là, après tout ce que je fais pour toi, t´es encore fâchée, c´est vraiment pas juste... ! » (le P.A.D a un petit côté Calimero...). C´est incroyable ce qu ´un être si petit peut à ce point remplir tout l´espace et combler le temps : à vrai dire, un bébé, ça en impose et c´est le P.A.D, souvent, qui se sent tout petit à côté de son chérubin tout puissant.

Le P.A.D est également particulièrement susceptible aux remarques externes : on l´a vu, celles de l´autre P.A.D peuvent facilement l´exténuer mais, une fois reposé, il apprécie de l´entendre décliner toutes sortes de mots tendres à son petit et ses réactions peuvent même le faire hurler de rire, en particulier lorsqu´il présente son trésor à un ami ou connaissance et que celui-ci se contente d´une remarque banale : « Mais enfin, il aurait pu dire qu´elle était mignonne au moins ! » - « bah peut-être qu´il ne le pense pas, qu´il l´a trouvée horrible au contraire » - « Quoi ??? il ne manquerait plus que ça, de toute façon, je savais que c´était un idiot ! ». Après, il y a toutes ces personnes, en général dans les magasins, qui, en entendant l´enfant exprimer son mécontentement, lancent invariablement : « ¿ No tiene chupete ? » (= « elle n´a pas de tétine ? ») – « ah bon parce que le chupete a pour fonction de fermer le clapet au bébé selon vous ? Et bien non, elle n´en a pas, mais si vous voulez on peut la baillonner si elle vous dérange ! » (ça c´est juste pour prouver que le langage peut aussi être une forme de tétine fermant le clapet aux personnes qui vous énervent, on ne passera évidemment pas à l´acte). Sans compter qu´en Espagne, comme toutes les petites filles ont les oreilles percées dès la naissance et que vous ne vous êtes pas pliés à la tradition, on vous parle de votre « petit garçon » – ça semble d´autant plus évident que le bébé est plutôt habillé en bleu qu´en rose ; quand c´est un passant, on le comprend – soi-même on se trompe facilement en voyant un bébé – mais quand c´est l´assistante du pédiatre, ça agace. On sera donc content, en enlevant la couche, non seulement que l´ambiguïté disparaisse, mais que la première réaction de l´enfant soit de punir l´insolente en faisant pipi sur sa bascule.

Il n´y a pas de profil type de P.A.D mais un autre signe clair de leur bizarrerie peut être par exemple d´être couple non cohabitant (le besoin d´espace, d´autonomie de son "territoire", d´indépendance) et de pratiquer activement le "cododo" (ou "cosleeping") avec son enfant, celui-ci protestant vivement quand on tente de lui faire passer une nuit entière dans son petit lit. Solenn a très vite fait comprendre qu´on n´aurait pas du dépenser d´argent dans sa literie : elle en a 4 en tout (un petit et un plus grand dans chaque maison) mais s´obstine à préferer les grands lits de papa et maman...Elle se met entre les deux P.A.D (enfin ça varie en fonction du sein à téter...), écarte bien les bras ("vous voulez de l´espace, alors en voilà, mais moi j´suis là !!!") et est fort contente. On a beau dire ce qu´on voudra, le couple devenu super cohabitant pour le moment (faudra pas que ça dure non plus car c´est dur...:-) ) s´accorde à dire que ça c´est la vraie méthode des nuits sans pleurs...

Heureusement, les mairies ont compris que parmi leur population, ils comptaient un certain nombre de P.A.D dont les enfants feront l´avenir de leur ville ou village et ils ont donc lancé des « espai nadó » (Espace bébé) ou autres types d´initiatives où les parents – surtout les mamans – peuvent partager leurs inquiétudes, leurs doutes ou leurs angoisses, entre deux activités ou comptines apprises pour divertir le petit : une sorte de thérapie de groupe en somme pour soigner sa névrose et passer du statut de « parent aimant et débordé » au « parent conscient, aimant et apaisé ». Ce n´est pas encore gagné mais on y travaille...

Photos : 1 à 3 de Sergi Bernal, papa d´Ariadna. 1- Ariadna se dit "ça y est j´ai compris on veut m´imposer une copine, tout ça parce qu´elle est née 15 jours après et que nos mamans sont amies...pffff" / 2- "Non mais qu´est-ce qui lui prend, elle sort d´où celle-là ???" / 3- "Et en plus elle me vole les bras de ma maman, vivement qu´elle retourne dans sa campagne avec les sauvageons et qu´on soit tranquilles..."/ 4- Un spécimen de P.A.D avec son petit / 5- Un deuxième P.A.D ? on ne sait pas si avec névrose parentale ou non !!! mais tout aussi amoureux de sa petite fille. Les deux bébés ont grandi depuis (comme l´attestent les premières photos qui datent de décembre), et des photos plus récentes encore (d´hier) viendront compléter le tableau... /6- Autre spécimen de P.A.D en plein cododo...




mardi 6 janvier 2009

Enfants d´Afrique

Quelques rites et croyances dogons...


Je me souviens avoir vu une femme frêle, venue rendre visite à ses amis dans un village dogon au pied de la falaise de Bandiaghara, portant son bébé tout tout petit contre elle, enveloppé dans un tissu. C´était la première sortie à laquelle elle "avait le droit" après 40 jours. Il devait faire plus de 40 degrés et pourtant le petit avait un bonnet brodé. J´apprenais donc que dans le pays dogon, les femmes venant d´accoucher sont recluses dans leur case les 40 premiers jours. Au début je pensais que c´était pour la sécurité du nourrisson mais je n´en suis plus si sûre. Comme les femmes qui ont leurs règles vont dans une "case spéciale" chaque mois, j´imagine que cela répond à la même règle d´écarter socialement les femmes qui voient leur sang - la fameuse, et pénible, quarantaine post-natale - et que la protection du bébé entre en ligne de compte mais n´est pas la principale cause à cet isolement - qui doit être assez dur à supporter d´ailleurs mais cela est subjectif car les femmes dogons se sentent peut-être soulagées de ne pas aller piler le mil quotidiennement pendant ce laps de temps ! Il m´était impossible de donner un âge à cette femme car sa maigreur lui tirait les traits et elle avait plusieurs dents gâtées. Plus tard, quand on reprit la route avec Mabo et qu´elle regagnait son village dans la même direction, je remarquai une tradition locale : quand un homme et une femme se croisent en chemin et font le rituel des salutations, la femme mariée ne doit pas faire face à l´homme mais rester de dos ou de profil. Mabo m´expliquera que c´est aussi lié à une superstition du voyage : quand on prend la route, il ne faut pas se retourner mais ne regarder que devant.
Les salutations dogons sont impressionnantes ; quand on les entend en tant qu´étranger on ne retient que ce mot qui revient tout le temps : sewô = ça va ? et ta mère sewô et ton père sewô et ton frère sewô et ton grand-père, sewô etc etc sewô sewô sewô ??? Mabo me précise que même quand ça ne va pas, on répond sewô, ça va quand même, ça va quoi qu´il en soit en somme. Et le plus étrange, c´est lorsque l´on se trouve au milieu d´un groupe et qu´une nouvelle personne arrive, chacun répète ce long rituel au nouveau venu même quand tous ont entendu les réponses précédentes. Cela suit un ordre précis évidemment, le plus âgé commence ou celui qui reçoit puis les autres.

Les enfants de ces photos se trouvent devant la toguna, "la case à palabres". C´est une construction basse avec 8 piliers et 8 couches de bois rassemblés (le 8 est un chiffre sacré dans la cosmogonie dogon) où l´on vient discuter et régler les conflits, d´où l´intérêt de ce plafond si bas : en effet celui-ci a pour fonction de calmer les ardeurs des personnes en colère qui s´emportant, se lèvent brusquement et menacent de partir. Dans cet élan, ils se cognent et se rassoient d´un coup, à moitié assommés et on peut continuer à discuter en reprenant ses esprits jusqu´à trouver une solution...

En voyant certains petits Maliens, j´ai compris l´origine d´une particularité qui m´intriguait beaucoup dans les statuettes africaines : je voyais en effet un petit bout de bois de quelques centimètres qui sortait du ventre, parallèle en général à un autre petit bout de bois plus bas lorsqu´il s´agissait d´une figure masculine (et jusque là je comprenais...). Et c´est alors que je vis plusieurs enfants avec le nombril sorti, petit bout de chair protubérant, ce qui expliquait cette drôle d´excroissance sur les figurines de bois. Mabo m´expliqua que l´on coupait le cordon ombilical avec de la ficelle et non pas un ciseau et que par peur de trop couper, en général, on ne coupe pas assez, d´où cette forme de nombril - qui malheureusement peut aussi engendrer des maux de ventre, certains organes venant s´y coincer !!! Les fillettes portent parfois un collier de coquillages autour de la taille, ornant leur belle peau d´ébène...

Sur cette photo, on voit les instruments utilisés par les jeunes garçons lors de la cérémonie de circoncision : calebasses fabriquées avec des courges, tout est fait main et rangé là dans cette grotte. En dehors de ce jour, il ne faut pas en jouer car si une femme enceinte entend ces instruments résonner alors que ce n´est pas le moment de la circoncision, la croyance dit qu´elle perd l´enfant qu´elle porte. J´ai bien observé ces instruments, fascinée par leur confection artisanale mais je n´ai pas entendu le son qu´ils produisaient...Heureusement car même si je n´en avais pas encore tout-à-fait conscience, la minuscule Solenn en devenir aurait peut-être disparue parmi les légendes et les superstitions dogons...Mabo m´explique que les jeunes garçons ne doivent pas crier lorsque le vieux sage les "coupe" - au couteau ! - sinon le gros serpent qui ne sort que pour cette occasion les avalerait (Freud aurait certainement eu une interprétation de tout cela !). Une fois l´opération terminée, il y a une course jusqu´en bas du village et les prix sont les suivants : le premier reçoit deux greniers de mil, le second a le droit de choisir sa femme et le 3ème gagne une paire de chèvres. Pour les perdants, une autre épreuve est organisée, consistant en un lancer de pierres avec pour fervents supporters les grands-pères qui tentent d´aider ou de conjurer le sort. Tous les garçons vivent ensuite dans des cases abandonnées ou qu´on leur cède, le temps de construire leur propre lieu.

Dans les villages dogons, on observe - outre les cases où on vit - les greniers mâles et les greniers femelles ; les premiers ont 3 fenêtres et on y conserve le mil. Dans les seconds il n´y a qu´une seule fenêtre mais 4 compartiments où les femmes répartissent le mil, le sorgho, les cacahuètes et le fonio par exemple. Au milieu se trouve une poterie où elles conservent leurs bijoux et leur argent,les femmes dogons étant libres de gérer un petit pécule qui leur est propre. Les maisons des chasseurs sont reconnaissables aux "trophées" qui ornent leurs parois : les crânes et os des animaux qu´ils ont chassés (rats, furets, singes..), peaux de serpents ou de crocodiles et fusils fabriqués main- sur cette photo, on reconnaît quelques restes de singes. Etre chasseur c´est assez pretigieux comme pour fumer la pipe et avoir le droit d´avoir deux femmes. Mabo me dit que ce n´est cependant pas l´idéal de tout homme malien d´avoir ce privilège, les femmes se jalousant souvent et faisant de la magie noire pour porter préjudice à l´autre, voire s´empoisonner. Elles font souvent appel au marabout dans ce dessein. Pour les calmer et éviter qu´elles ne s´extirpent, il parait que l´on confie à l´une la progéniture de l´autre, leur sens maternel prenant le dessus à leurs désirs d´épouses. Je trouve ça assez dangereux comme procédé mais apparemment ça marche. Quant aux marabouts, je m´amusais beaucoup en écoutant Mabo me raconter que leur principale tâche consistait à endormir ou distraire les contrôleurs qui venaient vérifier les caisses d´un service public quand le gérant étant soupçonné d´avoir détourné les fonds. C´est un maillon à la corruption ! On peut le reconnaître facilement car il possède souvent un cheval, cadeau qu´il reçoit après une opération réussie. Ces deux "professions", marabout ou chasseur sont de libres élections. Par contre, d´autres sont réservées à des lignées comme les castes des forgerons et des guérisseurs. Les autres n´ont pas le droit de manier l´enclume et le feu ni de concocter des potions à base de plantes et racines... Je parlerai encore du rôle social du "hogon", des tisseuses et de ceux qui peignent les motifs sur les tissus dans un autre article..il y a tant à dire sur les dogons et le Mali...